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Full text of "Le micrococcus neoformans et les néoplasmes"

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4 22975 ,.;. 


V 

MÈ- 


E. DOYEN 


22975 



22975 


Le Miczococcus 

Neofoimans 

et les Néoplasmes 


Photographies de Clément Maurice 
Photogravure de Van. Leer 



PARIS 


LIBRAIRIE C. REIN WALD 

SCHLEICHER FRÈRES ET C'% ÉDITEURS 

' ■■ 1 5 , RUE DES SAINTS-PÈRES, I 5 


igo3 

Tous Droits réservés. 







E. DOYEN 




Le Miciococcus 

Neofoimans 

et les Néoplasmes 


Photographies de Clément Maurice 
Photogravure de Van Leer 






2 2 9 7a 


PARIS 


LIBRAIRIE G. REINWALD 

SCHLEICHER FRÈRES ET ÉDITEURS 






Le 


Mictococcus Neofozmans 

et les Néoplasmes 1 


La question du parasitisme du cancer a donné lieu à des discussions 
stériles, parce qu’elles n’étaient appuyées sur aucune observation 
scientifique. 

Actuellement il paraît hors de doute : 

i° Que les néoplasmes, sans exception, sont la manifestation d’une 
infection parasitaire. 


2° Que le processus qui préside 



Fïg- i. — Culture jeune du micrococcus 
neoformans sur bouillon. — Grossisse¬ 
ment : i 5oo diam. 


à la formation des néoplasmes est, 



Fig. 2. — Micrococcus neoformans, culture 
plus âgée tle 24 heures. — Grossissement : 
i 5oo diam. 


dans son essence, un processus inflammatoire très voisin du processus 
qui préside à la formation des tubercules et des masses actinomi- 
cosiques, lésions nettement parasitaires. 

L’inflammation est la réaction des cellules normales contre les 


:. Congrès international de Médecine de Madrid. Avril igo3. 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


irritants physiques et chimiques aussi hien que contre les irritants de 
nature parasitaire. 

On la retrouve dans l’évolution des divers néoplasmes tout aussi 
bien que dans le furoncle, dans le tubercule, dans la lèpre, dans la 
syphilis, dans l’actinomycose, mais il y a des inflammations de types 
différents. De ce que le cancer aurait une évolution différente de celle 
des lésions parasitaires bien connues et hien déterminées, il ne s ensuit 
pas naturellement que le processus initial qui aboutira à la lésion 
confirmée dut être séparé de l’ensemble des phénomènes inflamma¬ 
toires. Il serait aussi peu logique de prétendre que, des tubercules et 
du furoncle, le second seul appartint à la classe des lésions inflamma¬ 
toires, parce que l’évolution de chacun d’eux est absolument différente. 

Nos premières recherches sur le micrococcus neoformans 1 ont été 
communiquées en décembre 1901 à l’Académie de médecine et en 
avril 1902 au Congrès de chirurgie de Berlin. 

Nous allons étudier successivement les propositions suivantes : 

i° Les néoplasmes à marche rapide contiennent dans leurs tissus un 
microbe particulier, le « micrococcus neoformans », qui peut être décelé 
sur les lamelles, dans les coupes et par la culture. 

2 0 L’inoculation du micrococcus neoformans à diverses espèces ani¬ 
males détermine l’évolution de lésions toutes spéciales, soit simplement 
inflammatoires, soit nettement néoplasiques, et absolument identiques 
à certaines lésions néoplasiques chez l’homme. 

3 ° Les toxines du micrococcus neoformans déterminent chez les 
cancéreux une réaction analogue à celle de la tuberculine chez les tuber¬ 
culeux. Les essais de sérothérapie préventive et curative ont donné depuis 
deux ans des résultats suffisants pour qu’il soit impossible de leur 
refuser toute importance. 

i° Recherche du micrococcus neoformans dans les diffé¬ 
rents types de néoplasmes. —Ensemencez dans un bouillon appro¬ 
prié, avec toutes les précautions de rigueur, de volumineux fragments 
de la zone d accroissement d une tumeur non ulcérée, vous verrez se 
développer, au bout de 18 à 24 heures au plus tôt, de trois à six jours 
au plus tard, un microcoque facile à mettre en évidence par les cou¬ 
leurs d’aniline, et susceptible d’être transplanté de la première culture 
sur des milieux solides : gélose simple et glucosée, gélatine-peptone, 
sérum gélatinisé, pomme de terre, carotte, etc. 


1. Pli cacheté déposé à l’Académie de médecine le 20 novembre 
méd. et de chir n° 12, décembre 1901 ^ 


1901. In Revue critique de 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 



Fig. 3. — Micrococcus neoformans. — Culture sur bouillon. 
Formes en chaînette. — Grossissement : 2000 diam. 



Fig. 4. — Tube stérile : diplocoques du sé¬ 
diment se colorant mal par le Gram. — 
Grossissement : 1 5oo diam. 


Fig. 5. — Tube stérile : gros diplocoque du 
sédiment coloré par le Gram. — Grossis¬ 
sement : 3 000 diam. 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


Les cultures positives donnent, sans exception et à 1 état de pureté, 
un microcoque qui ne se développe le plus souvent qu au bout de 
vingt-quatre à quarante-huit heures, parfois au bout de quatre ou 
cinq jours. On trouve alors dans le bouillon des diplocoques et des 
courtes chaînettes d'éléments de grosseur très variable. Ces chaînettes 
se bifurquent fréquemment en Y. Transplanté sur un milieu solide 
approprié, ce microcoque donne sur gélose une culture d’un blanc 
grisâtre, uniforme, et qui s’attache à 1 aiguille de platine en gros fila¬ 
ments visqueux. 

Ce microcoque liquéfie très lentement la gélatine, et la partie liqué¬ 
fiée présente une consistance oléagineuse. 

Sur sérum gélatinisé, on observe une culture fine, d’un blanc 
grisâtre ; sur carotte une fine couche blanchâtre ; sur pomme de terre, 
la culture est à peu près invisible et se présente sous l’aspect d’une 
mince couche humide, qui ne se voit qu’à l’examen oblique. 

Le microccocus neoformans se conserve en piqûre verticale sur les 
tubes de gélose glucosée à 2 p. 100. Il est facultativement anaérobie. 

Dans le bouillon, la culture est très analogue à celle du strepto¬ 
coque pyogène et le milieu se clarifie rapidement. On obtient dans les 
ballons d’un litre la formation d’un voile épais, qui tombe petit à 
petit au fond du récipient. 

Le bouillon le plus convenable est du bouillon peptonisé glycé- 
riné à 4 p. 100. Les ballons commencent à se clarifier au bout de 
3 à 4 mois. Au bout de 6 mois la culture à presque entièrement perdu 
la faculté de se reproduire. 

Le micrococcus neoformans est très petit. Dans le suc cancéreux ou 
sarcomateux frais, il sc présente sous l’aspect de petits diplocoques 
mobiles, dont une sphérule est fréquemment plus volumineuse que 
l’autre. Parfois trois coccus en triangle ou bien une courte chaînette. 

On obtient assez facilement des préparations de coccus colorés en 
étendant rapidement sur une lame de verre le produit du raclage d’une 
tumeur fraîche et en colorant douze heures au violet phéniqué, après 
fixation par l’alcool absolu ou par le sublimé acétique. On décolore à 
l’eau pendant une heure et on monte, après dessiccation, dans la résine 
dammar au xylol. 

Les coccus isoles, qui sont plus nombreux que les diplocoques, 
sont très petits et mesurent fréquemment moins de 5 dix millièmes de 
millimètre de diamètre. 

Un très petit nombre seulement des coccus qui prennent le violet 
phéniqué sont susceptibles de rester colorés, après action du carmin 



LE MICROCOCCUS NEOFOR MANS. 


Fig. fi. — Diplocoques dans une cellule de l’épiploon 
cancéreux chez l’homme. — Grossissement : 3ooo diam. 




Fig. 7. — Diplocoque dans une trabécule conjonctive 
de l’épiploon cancéreux de l’homme. — Grossissement: 3000 diam. 



8 LE MICROCOCCUS 1NEOFORMANS. 

picrique phéniqué, par la méthode de Gram. Le sédiment des tubes 
infertiles doit être examiné par les mêmes procédés. 

Si l’on examine heure par heure un des tubes qui donnera une 
culture, et de préférence un tube ensemencé avec une certaine quan¬ 
tité de suc cancéreux recueilli à la pipette, on observe uniquement, 
dans les premières heures, les coccus et les diplocoques décrits plus 
haut et qui se colorent à peine au violet phéniqué, puis, au bout de 
quinze à dix-huit heures, on remarque que ces coccus deviennent plus 
nombreux et prennent mieux le violet; au bout de dix-huit à vingt- 
quatre heures, il y a des diplocoques nombreux et la plupart des 
éléments se colorent par la méthode de Gram. 

Il suffit d’une très petite différence dans la composition du milieu 
de culture pour ne pouvoir obtenir aucun résultat positif. Au bout de 
quarante-huit heures, la culture contient de courtes chaînettes et des 
amas d’éléments de grosseur très variable, dont une partie déjà cesse 
de demeurer nettement colorée parla méthode de Gram. 

Les chaînettes se bifurquent fréquemment en Y et les grains, dont 
le diamètre varie de 4 à 20 dix millièmes de millimètre, paraissent 
réunis par une sorte de gaine presque translucide, comme on l’observe, 
d’ailleurs, pour d’autres streptocoques. 

Le micrococcus neoformans est assez difficile à mettre en évidence 
sur les coupes, où il existe en petit nombre. 

On le trouve de préférence dans les ganglions de la zone d’envahis¬ 
sement et dans les noyaux secondaires les plus éloignés de la tumeur 
originale. 

Il existe dans le sang, dans les cas exceptionnels de « fièvre cancé¬ 
reuse » et dans les lymphangites de la peau, dans les cas de « pseudo¬ 
érysipèle cancéreux ». Nous l’avons trouvé à l’état de pureté dans une 
tumeur secondaire du péricrâne survenue deux ans après l’ablation 
d’un cancer du sein sans récidive locale et dans un écoulement séreux 
d’un mamelon chez une femme n’ayant pas de tumeur du sein et qui 
est en observation. 

Ce microcoque, en vieillissant, perd rapidement la faculté de se 
colorer, soit par la méthode de Gram, soit par les couleurs d’aniline. 

Son inoculation détermine chez les animaux une inflammation 
épithéliale intense suivie de la formation d’adénomes. 

On observe dans les cellules épithéliales envahies une phagocytose 
intense. L’étude des coupes histologiques chez l’homme démontre que 
le cancer débute par un processus inflammatoire analogue. Les cellules 
épithéliales paraissent se multiplier pour détruire par phagocytose les 



LE MICROCOCCUS AEOFORMANS. 



Fig. 8. — Même point que les figures 7 et 9. 
Grossissement: 2000 diam. 



Fig. 9. — Même point que les fig. 7 et 8. — Grossissement : 3oo diam. 
Ces 3 clichés du même point de la préparation ont été faits pour 
mieux démontrer le siège du diplocoque de la figure 7 qui 
précède, dans une trabécule conjonctive, une cellule cancéreuse. 



IO LE MICROCOGCUS NEOFORM AN S. 

éléments infectieux, qui bientôt y prennent 1 aspect de granulations 
indifférentes et deviennent incapables, soit de prendre les couleurs 
d’aniline, soit de se reproduire sur les milieux de culture. 

Nous allons revenir sur quelques-unes de ces particularités. Nous 
insisterons d’abord sur ce fait, que le micrococcus neoformans ne part 
sur le milieu qui lui convient qu au bout de dix-huit à vingt-quatre 
heures au plus tôt, parfois au bout de trois, quatre, cinq et meme de 
six jours. 

Cette particularité m’a frappé dès mes premières cultures : le 
bouillon des tubes ensemencés demeurait limpide pendant vingt-quatre, 
trente-six ou quarante-huit heures avant de commencer a se troubler. 
Tout à coup, en deux ou trois heures, la culture apparaissait, comme 
s’il s’était développé dans le milieu liquide un microbe primitivement 
enfoui au centre des fragments ensemencés, et qui ne pouvait com¬ 
mencer à se multiplier qu’au moment où le bouillon nutritif était 
arrivé à pénétrer jusqu’à lui. Un tube qui se trouble dans les dix-huit 
premières heures est presque a priori un tube infecté de staphylo¬ 
coques ou de bactéries saprophytes. 

J’avais déjà décrit, en 1887 et 1888 1 , la présence habituelle dans 
le suc des tumeurs d’un microbe arrondi, facile à différencier avec un 
peu d’habitude des granulations graisseuses et protéiques, et le plus 
souvent groupé en diplocoques ou en triades. Parfois j’avais remar¬ 
qué de courtes chaînettes. 

Les essais de culture faits à cette époque étaient demeurés infruc¬ 
tueux. J’avais cependant conservé dans des tubes stérilisés contenant 
de la gélatine-peptone ou de l’agar-agar, et en empêchant leur dessic¬ 
cation, des fragments assez volumineux de cancer du sein, et il m’était 
arrivé, en examinant le suc de ces fragments de tumeurs, au bout de 
deux ou trois mois, de retrouver mes sphérules mobiles. Les éléments 
cellulaires étaient alors réduits à des détritus informes. Cette persis¬ 
tance d’éléments sphériques mobiles au bout de deux ou trois mois, 
sur des fragments de tumeurs isolés de l’organisme, me paraissait un 
argument sérieux en faveur de la nature parasitaire de ces éléments. 

Il m’avait été impossible de déceler sur ces préparations, parmi 
les éléments qui me paraissaient être des parasites, des formes bacil¬ 
laires quelconques. 

Au moment où j’ai obtenu sur un bouillon spécial ma première cul¬ 
ture positive du micrococcus neoformans, je possédais en réserve une 

X- Pli cacheté déposé à l’Académie des Sciences. 



LE MICROCOCCUS NEOFORM AiN S. n 

dizaine de tubes de gélose contenant depuis un mois, deux mois et 
six mois des fragments de tumeurs de sein demeurés stériles. Ces 
fragments furent transplantés dans le même bouillon, et donnèrent des 
cultures positives en moins de douze heures. L’un d'eux, qui datait 
de six mois, troubla le tube de bouillon au bout de sixheures. C’était une 
preuve nouvelle que les sphérules mobiles obtenues en 1888 étaient bien 



Fig. 10. — Phagocytose du micrococcus neoformans dans les cellules épithéliales 
du testicule du cobaye. — Grossissement : i 5oo diam. 

des éléments parasitaires susceptibles de continuer à vivre sur les frag¬ 
ments de tumeurs détachés de l’organisme et conservés aseptiques, à 
l’abri de la dessiccation. J’ensemençai de nouveaux fragments de 
tumeurs fraîches et de ganglions cancéreux : les cultures positives 
parurent au plus tôt après 36 ou 48 heures d’ensemencement. 

Les ensemencements de suc cancéreux recueillis à la pipette dans 
des tumeurs ou dans des ganglions néoplasiques donnaient des cultures 
un peu plus rapides, mais jamais cependant avant la dix-huitième 
heure. Quatre tubes ensemencés à la pipette ne se troublèrent qu’au 



LE MICROCOCCUS NE O FO U MANS. 


bout de 24 heures, i autre tube au bout de 36 heures et 2 tubes au bout 
de 48 heures seulement; ces deux derniers tubes avaient été ense¬ 
mencés avec du suc cancéreux provenant de la masse de la tumeur pri¬ 
mitive, les autres avec le suc de ganglions lymphatiques ou de noyaux 
secondaires à développement rapide. Il était donc évident que l’appa¬ 
rition de cultures positives six à douze heures après l’ensemencement 
de plusieurs fragments de tumeurs conservés aseptiques et sans dessic¬ 
cation, depuis six mois, depuis deux mois et depuis un mois, prouvait 
que le microbe s’était cultivé dans les fragments eux-mêmes et sc trou¬ 
vait prêt à se multiplier rapidement sur un milieu favorable. 

Les essais de culture furent multipliés; il y a des semaines où j’ai 
ensemencé au laboratoire près d’une centaine de tubes de bouillon, 
avec des fragments et du suc cancéreux provenant de 8 ou 10 tumeurs 
différentes. 

Actuellement les cas différents de tumeurs ensemencées sont au 
nombre de 100 dont voici la récapitulation : 

TUMEURS FERTILES. TUBES FERTILES ENSEMENCÉS AVEC : 


A. — Cancers du sein : 

1901. . 15. cas fertiles. 

1902. . 9 — — 

1 9 03. . 2 — 

26 — 

1 cas de Berlin, du 
P r Yon Bergmann. 

1 cas deNice, duD r Grinda 


SANGLIONS ET NOYAUX SECONDAIRES. 

Fragments on suc recueilli 
à la pipette. 


20 ganglions et 1 noyau 
secondaire péri-cranien. 


B. — Adénome kystique du sein : 

1901. . 2 cas fertiles. 

1902. . 1 — — 

3 ganglions. 

G- — Petit adénome traumatique du 
sein du volume d’une noisette 
(coup par balle de tennis) : 

1002. . 1 cas fertile. 1 tumeur. 

D. — Écoulement spontané du ma¬ 
melon, sans tumeur appréciable : 

1 cas. 2 examens. Mars et 
— — Novembre. 

J 901. . 2 cas fertiles. 



LE MICROCOCCUS NEOFORMÂNS. 


TUMEURS FERTILES. 


i3 

TUBES FERTILES ENSEMENCÉS AVEC : 


E. — Cancer de l’estomac : 

igor . . 2 cas fertiles. 

1902. . 4 — — 

1903. . 1 — — 


1 cas de Moscou, du D r Modlinski. 


PLEINE TUMEUR. GANGLIONS ET NOTAUX SECONDAIRES. 

Fragments ou suc recueilli 
à la pipette. 


2 tumeurs. 6 ganglions et noyaux 

secondaires de l’épiploon. 


F. — Adénome de l’intestin (12 ans) : 

1902. . 1 cas fertile. 

G. — Kystes végétants de l’ovaire : 

1901. . 1 cas fertile. 

1902. . 3 — — 



H. — Kyste végétant de l’ovaire et 

cancer du rectum simultanés : 
1902. . 1 cas fertile. 

I. — Cancer de l’utérus : 

1901. . 1 cas fertile. 

1902. . 1 — — 


J. — Épithélioma tubulé de la jambe : 

1903. . 1 cas fertile. 

K. — Goitre parenchymateux : 

1901. . 1 cas fertile. 

L. — Tumeur péri-cranienne secon¬ 
daire à un sarcome du testicule : 

1902. . 1 cas fertile. 

M. — Sarcome du maxillaire supé¬ 
rieur : 

1902. . 1 cas fertile. 

N. — Sarcome de l’amygdale : 

1902. . 1 cas fertile. 

O. — Lymphadénome du cou : 

1902. . 1 cas fertile. 

P. — Myxosarcome du poumon : 

1902. . 1 cas fertile. 


1 noyau pé¬ 
riphérique. 


3 tumeurs. 2 noyaux épiploïques. 


1 tumeur 1 noyau secondaire péritonéal, 
végétante. 

1 noyau pé- 1 noyau secondaire péritonéal, 
riphérique. 

1 ganglion inguinal. 

1 tumeur. 

1 tumeur 

1 tumeur. 

1 ganglion carotidien. 

1 ganglion carotidien. 


1 tumeur. 



LE MICROCOCCUS NEOFOR MANS. 


TUMEURS FERTILES. 


Q. — Sarcome musculaire de l’avant- 

bras et du bras (enfant) : 

1902. . 1 cas fertile. 

R. — Sarcome du triceps brachial 
récidivé : 

1903. . 1 cas fertile. 

S. — Sarcome sous-cutané de la 
cuisse : 

1902. . 1 cas fertile. 

Nice (D r Grinda). 

T. — Lipome du cordon spermatique 

à marche rapide : 

1901 . . 1 cas fertile. 

U. — Sarcome du testicule récidivé : 

1901. . 1 cas fertile. 


TUBES FERTILES ENSEMENCÉS AVEC : 

PLEINE TUMEUR. GANGLIONS ET NOYAUX SECONDAIRES. 

Fragments ou suc recueilli 
à la pipette. 

t tumeur. 1 noyau secondaire de l’aisselle. 

1 tumeur. 

1 tumeur. 1 ganglion secondaire. 

1 tumeur. 

1 tumeur. 


Quatre de ces cultures ont été faites : à Berlin, une tumeur du 
sein, opérée par le P r Von Bergmann ; à Moscou, une tumeur de l’es¬ 
tomac opérée par les D rs Doyen et Modlinski, et à Nice, un cancer du 
sein et un sarcome de la cuisse, opérés par les D' s Doyen et Grinda. 

2° Tumeurs infertiles. — Parmi les tumeurs qui n’ont pas donné 
de culture, nous signalerons i 5 tumeurs du sein, pour la plupart ense¬ 
mencées tardivement (nous avons vérifié, en analysant ces cas, qu’au 
bout de deux ou trois heures déjà les cultures sont très difficiles à 
obtenir), 1 lipome sous-cutané de l’épaule, 1 gros kyste ovarique multi¬ 
loculaire, 1 cas de fibrome utérin, 2 cas de noyaux cancéreux secon¬ 
daires du foie, aspirés à la pipette, deux gros sarcomes, l’un musculaire, 
qui n’a pas récidivé, l’autre abdominal, chez une enfant de 10 ans, non 
opéré, enfin 1 sarcome massif de l’ovaire et plusieurs casd’épithéliomas. 

3° Tumeurs ayant donné des cultures impures. —- Les tumeurs qui 
ont donné des cultures impures ou des bactéries quelconques étaient 
presque sans exception des tumeurs ulcérées : épithéliomas cutanés, 
épithéliomas du vagin, cancers de la langue, de l’amygdale, de la lèvre, 
de l’estomac, de l’intestin, du rectum, de la prostate : 

Nous avons obtenu en résumé : 


En 1901, sur 4i tumeurs ayant servi à ensemencer 845 tubes, 07 cultures pures du 
micrococcus neoformans. 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


i5 

En 1902, sur 52 tumeurs ayant servi à ensemencer 284 tubes, 64 cultures pures du 
micrococcus neoformans. 

En 1903, sur 7 tumeurs ayant servi à ensemencer 20 tubes, 5 cultures pures du 
micrococcus neoformans. 

Sur ces 100 tumeurs nous relevons, comme tumeurs fertiles, ayant 
donné des cultures pures : 

i° Tumeurs épithéliales : 

26 cancers du sein: 

1 3 adénomes kystiques du sein ; 
r adénome traumatique du sein ; 

1 goitre parenchymateux : 

7 cancers de l’estomac ; 

1 adénome de l’intestin; 

1 épithélioma cutané de la jambe ; 

5 kystes végétants de l’ovaire, dont 1 compliqué de cancer 
du rectum; 

2 cancers de l'utérus. 

47 

2 r ‘ Sarcomes : 

1 tumeur péricranienne secondaire. 

1 sarcome du maxillaire supérieur ; 

1 sarcome de l’amygdale ; 

1 lymphadénome du cou ; 

1 myxosarcome du poumon ; 

2 sarcomes musculaires du bras à marche rapide; 

1 sarcome sous-cutané de la cuisse; 

1 lipome à marche rapide du cordon spermatique; 

1 récidive d’un sarcome du testicule. 

10 

Soit 47 cas de tumeurs épithéliales et 10 cas de tumeurs sarcoma¬ 
teuses, en tout 5 y cas différents de néoplasmes de types variés, ayant 
donné 126 cultures pures, dont 32 provenant de la masse des tumeurs 
primitives et 94 provenant soit de ganglions éloignés, soit de noyaux 
secondaires péritonéaux, épiploïques, péri-craniens ou autres. Nous 
devons ajouter les deux ensemencements positifs de liquide séro-sangui- 
nolent provenant d’un écoulement spontané du mamelon, qui seront 
signalés plus loin, et deux autres ensemencements positifs du liquide 
provenant d’un cas de maladie kystique expérimentale du sein, obtenue 
après inoculation du micrococcus neoformans chez une espèce animale 
très voisine de l’homme. Nous constaterons donc en résumé : 

i° Que les tumeurs les plus malignes sont celles qui ont donné le 
plus de cultures positives ; 


Total. 


Total 




l6 le microcogcus neoformans. 

a . Que la masse des tumeurs a donné beaucoup moins de cultures 
positives que les fragments prélevés dans la zone d'envahissement et 
plus particulièrement aux dépens des ganglions hypertrophies les plus 
éloignés du foyer d’infection primitif. 

3 » Certains tubes, qui se troublent légèrement sans que les micro- 




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Fig. ii. — Inflammation néoformatrice de la mamelle du cobaye femelle, après 
l’injection d’une culture de micrococcus neoformans. — Grossissement : 4oo diam. 

coques visibles sur les lamelles soient transplantables sur d’autres 
milieux, sont le siège d’un commencement de culture, qui s’arrête 
bientôt par suite du peu de vitalité des éléments contenus dans les 
fragments ensemencés. 

4 ° Si l’on examine avec soin sur les lamelles le sédiment des tubes 
dont le bouillon reste clair, on y trouve sans exception des cocci et des 
diplocoques, susceptibles d’être mis en évidence soit par une simple 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


coloration, soit, pour ceux qui supportent Faction de l’iode, par la 
méthode de Gram. 

La présence du micrococcus neoformans à l’état virulent dans le 
lipome du cordon spermatique que nous avons signalé plus haut a 
donné une importance toute particulière à une de nos expériences de 



Fig. 12. — Cancer secondaire de l’épiploon chez l’homme. — Zone d’envahissement. 
Juxtaposition du processus inflammatoire et de l’envahissement des cellules épithé¬ 
liales. -— Grossissement : 4oo diam. 


l’été dernier. Nous avions obtenu en effet, chez une chienne, morte 
accidentellement le 9 juillet 1902, deux mois et demi après l’inoculation 
au voisinage des mamelles d’une culture provenant de deux cas de 
tumeurs du sein, deux lipomes encapsulés d’un certain volume. Nous 
avions suivi le développement de ces tumeurs, espérant qu’il s’agissait 
d’épithéliomes. L’observation récente prouve que notre microbe peut 
également produire des lipomes. 



l8 LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 

Toutes ces tumeurs, d'origine si diverse, contiennent un seul et 
même microbe, celui que nous avons décrit plus haut : c’est le microbe 
des néoplasmes. Je l’ai nomme micrococcus neoformans. 

Ce microbe, comme nous l’avons vu, provoque la multi¬ 
plication des cellules normales avec lesquelles il se trouve en contact. 
Ces cellules paraissent se multiplier par une sorte d’inflammation, 



Fig. i3. — Adénome expérimental du foie du cobaye femelle. — L’animal 
a succombé spontanément deux mois après l’injection d’une culture de 
micrococcus neoformans dans les mamelles. ■— Grossissement : 3oo diam. 

mais sans que les globules blancs présentent les phénomènes habituels 
de phagocytose. Ces phénomènes se produisent exclusivement au sein 
des cellules épithéliales ou sarcomateuses en voie de prolifération. On 
constate dans les ganglions déjà tuméfiés, mais non encore envahis d’une 
manière appréciable, des cellules remplies de microcoques très diffi¬ 
ciles à colorer et dont un tout petit nombre a conservé à la décolora¬ 
tion une teinte violette. 

La prolifération cellulaire est d’autant plus active que le microbe 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


est plus virulent: les tubes glandulaires du sein se gonflent de cellules 
ou deviennent kystiques, puis se rompent, laissant échapper à la fois 
dans le tissu conjonctif des microbes libres et des cellules protectrices 
en voie de phagocytose. Souvent, c’est le cas de beaucoup de lipomes, 
la tumeur primitive est arrêtée dans son développement. Combien de 


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Fig. i4- — Tumeur de la souris n° i3. — Lésion carcinomateuse à comparer 
aux figures i5 et 16, provenant de tumeurs cancéreuses chez l’homme. 
— Grossissement : 3oo diam. 


cancers du sein s’atrophient et deviennent stationnaires tandis que se 
propage au loin l’infection ganglionnaire. 

Ces tumeurs stationnaires sont des tumeurs mortes et infertiles. 
Souvent elles s’ulcèrent et se sphacèlent. La bénignité ou la malignité 
d’une tumeur dépend de la réaction réciproque des cellules protectrices 
qui la composent et du microbe pathogène. N’y a-t-il pas des myxomes 
bénins et des myxomes malins, des lipomes à marche envahissante, 
des kystes végétants de l’ovaire qui ne récidivent pas et d’autres, iden¬ 
tiques histologiquement, qui se comportent comme des cancers? Toute 
tumeur bénigne est ainsi le siège d’un foyer de microbisme latent et 



2o LE MICttOCOCCUS NEOFÔEMA.NS. 

peut, à un moment déterminé, se transformer en tumeur maligne. 

Nous avons retrouvé le micrococcus neoformans dans le suc d’une 
tumeur de la mamelle chez la chienne et dans le suc de plusieurs 
tumeurs de l’homme: sarcomes, maladies kystiques du sein, tumeurs 
épithéliales à transformation scléreuse et a marche lente, et qui 
n’avaient pas donné de cultures. 

Les cas sans exception qui ont donne, pour presque tous les tubes 



Fig. i5. — Cancer du pancréas chez l’homme. — Grossissement : 3oo diam. 


ensemencés, des cultures positives, ont récidivé très rapidement. Les 
points récidivés, tumeurs secondaires et ganglions, ont donné les 
mêmes cultures que la tumeur primitive. Dans les cas de tumeurs très 
malignes, il est rare, si l’on possède un milieu de culture approprié, 
qu’on n’obtienne pas des cultures positives au bout de vingt-quatre à 
quarante-huit heures. 

Certaines tumeurs peuvent s’arrêter définitivement dans leur déve¬ 
loppement. C’est ainsi que certains cancers subissent la transforma¬ 
tion fibreuse. Ces tumeurs, devenues stationnaires, vivent aux dépens 
de notre organisme comme des parasites assez peu exigeants, tels cer¬ 
tains cas de lipomes multiples et de fibromes bénins. 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


Les tumeurs ne sont donc qu’une modalité de l'inflammation. Le 
micrococcus neoformans provoque autour de lui un processus inflam¬ 
matoire spécial qui crée le lipome dans le tissu cellulo-adipeux, dans 
l’ovaire le kyste végétant soit bénin, soit malin, dans le sein, l’adénome 
simple ou kystique et le cancer, probablement, dans l’utérus, le fibro¬ 
myome, etc. 

Toute tumeur bénigne peut se transformer en tumeur maligne : 



Fig. 16. — Cancer secondaire de l’épiploon chez l’homme. — Grossissement : 35o diam. 


telle l’évolution des myxomes et des chondromes malins, la transfor¬ 
mation en sarcomes des lipomes ou des fibromyomes, ou même la pro¬ 
duction, si fréquente à la surface ou sur le pédicule des polypes utérins, 
d’un épithélioma de la muqueuse. 

Tous ces faits sont d’ordre identique, Il n’y a pas hétéroplasie, 
mais seulement néoplasie, c’est-à-dire végétation des cellules normales 
de l’organisme. Ces cellules, lorsqu’elles sont bien différenciées, par 



23 LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 

exemple les épithéliums cutanés ou glandulaires, reproduisent, sous 
l’influence de l’action irritante du micrococcus neoformans, qui excite 
leur prolifération comme le spermatozoïde excite la multiplication des 
cellules de l’embryon, des tissus analogues aux tissus normaux dont 
elles dérivent. Il est probable que les kystes sébacés, les papillomes 
envahissants, ont pour cause efficiente un microbe analogue sinon 
identique. 

line s’agit donc pas moins que de reconstituer et d’édifier sur des 
bases nouvelles l’anatomie et la physiologie pathologiques de l’ensem¬ 
ble des tumeurs bénignes et des tumeurs malignes, qui viennent se 
grouper logiquement dans le cadre immense et si varié de l’inflamma¬ 
tion, à la suite de la tuberculose et de l’actinomycose. 

Caractère du micrococcus neoformans. — Nous avons vu 
que le micrococcus neoformans, que l’on ait ensemencé dans les tubes 
de bouillon des fragments de tumeurs et des ganglions infectés, ou 
bien du suc cancéreux provenant de la masse néoplasique et des gan¬ 
glions et recueilli aA-ec la pipette, ne se développe pas avant dix-huit ou 
vingt-quatre heures . 

Le suc cancéreux obtenu à la pipette, et mêlé par agitation avec le 
bouillon, n’a jamais donné de culture avant dix-huit heures . 

Il paraît donc évident que le micrococcus neoformans se trouve, 
dans l’intérieur des tissus néoplasiques, dans un état particulier qui 
ne lui permet pas de se multiplier avant de s’être modifié par un séjour 
de plus de douze heures dans le bouillon de culture qui lui est favo¬ 
rable. Cette opinion est corroborée par les faits suivants : 

A deux reprises différentes, le 21 mars et le 5 novembre 1901, 
j’ai obtenu des cultures de micrococcus neoformans d’un écoulemént 
spontané du mamelon survenu chez une femme n’ayant pas de tumeur 
et actuellement en observation. 

Le liquide, recueilb aseptiquement du mamelon, s’est développé 
dans le bouillon, la première fois au bout de douze heures et la deuxième 
fois au bout de dix-huit heures seulement. 

Une autre observation, plus intéressante peut-être, est celle qui se 
rapporte à la pièce expérimentale représentée fig. 24 à 27. Une pre¬ 
mière ponction exploratrice, faite au bout de trois mois, avait donné 
une très petite quantité d’un bquide lactescent qui s’est développé sur le 
bouillon au bout de vingt-quatre heures, en donnant une culture pure 
du micrococcus neoformans qui, d’ailleurs, avait été inoculé dans la 
mamelle trois mois auparavant. Trois mois plus tard, c’est à dire 
six mois après l’inoculation, la tumeur fut enlevée partiellement pour 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


23 


l’examen histologique. Elle était, à ce moment, de la grosseur d’une 
noix. Le liquide de la glande mammaire fut recueilli, sur la surface 
de section, dans une pipette stérilisée et ensemencé. 

Le bouillon ne commença à se troubler qu’au bout de vingt-quatre 
heures. Le micrococcus neoformans s’était donc modifié, par son séjour 
dans les tissus, de manière à ne pas pouvoir se développer dans le 



Fig. 17. — Souris i3. — Épithélioma cylindrique. — Grossissement : a5o diam. 


bouillon d’où il avait été inoculé avant d’y avoir subi une certaine 
transformation. 

L’examen, de six heures en six heures, d’un certain nombre de 
tubes de bouillon ensemencé, dénote également certaines particu¬ 
larités et confirme cette hypothèse, que le micrococcus neoformans se 
trouve, pour ainsi dire, au sein des tumeurs, dans un état de vie 
latente, et qu’il lui faut subir une certaine transformation pour se déve¬ 
lopper dans les tubes de bouillon. 



LE MICROCOCGUS NEOFORMANS. 


Prenons cinq ou six tubes ensemencés avec des ganglions cancé¬ 
reux à évolution rapide ; il est habituel que quatre ou cinq de ces 
tubes donnent des cultures positives. Supposons que nous ayons 
examiné de six heures en six heures un tube qui se troublera au bout 
de trente-six heures : les premiers examens sur lamelle ne donnent 
rien. Au bout de dix-huit à vingt heures, dès que le fragmeut néopla¬ 
sique a macéré, le sédiment laisse voir un certain nombre de micro¬ 
coques isolés et des diplocoques, dont un très petit nombre, trois ou 
quatre sur toute une lamelle, restent colorés par la méthode de Gram. 

Les autres microcoques ne se laissent colorer que par le violet 
aqueux ou phéniqué et sont décolorés instantanément par l’alcool, 
même dilué. 

Au bout de douze à quinze heures, le nombre de sphérules qui 
prennent le Gram augmente sensiblement, et tout à coup, le bouillon 
se trouble en deux ou trois heures. 

A ce moment, la culture est fertile, et peut se transplanter sur 
d’autres milieux. 

Il en est de même des tubes ensemencés avec du suc cancéreux 
recueilli avec la pipette. Le sédiment contient des microcoques non 
colorables par le Gram et de rares sphérules qui conservent le violet 
après l’action de l’iode. 

Au bout de douze à quinze heures, l’examen sur lamelle donne un 
plus grand nombre de microcoques colorables par le Gram, et, tout à 
coup, en trois ou quatre heures, le tube est complètement troublé. 

Dans certains autres cas, les microcoques commencent à se multiplier 
dans une certaine mesure, et la culture meurt avant d’avoir pris une 
virulence suffisante pour pouvoir être transplantée sur d’autres milieux 
avec ses caractères habituels. 

Nous noterons également que deux tumeurs de la chienne et une 
tumeur de la souris, qui ont été ensemencées trop tardivement et n’ont 
pas donné de culture, ont laissé constater dans le sédiment des tubes de 
bouillon stériles les mêmes microcoques non colorables par le Gram, que 
les tumeurs stériles de l’homme. 

Présence du micrococcus neoformans sur les coupes de 
tissus néoplasiques. — Les particularités que nous avons signalées à 
propos des cultures du micrococcus neoformans nous ont porté à 
rechercher cet organisme sur les coupes des tumeurs, après de simples 
colorations par 1 hématéine, par la safranine ou par la fuchsine. L’exa¬ 
men de la zone d envahissement des tumeurs permet de reconnaître, sur 
les coupes très fines, des diplocoques en grains inégaux et de courtes 



LE MICROCOCCUS NEOFORMA.NS. a5 

chaînettes, qui paraissent être des éléments parasitaires. L’examen du 
suc cancéreux, fixe a 1 état frais, en couche très mince, par l’alcool 
absolu, et coloré par le violet simple ou par la méthode de Gram, 
permet de mettre en évidence des coccus isolés et des diplocoques com¬ 
posés de sphérules inégales. Les diplocoques et les coccus qui se colorent 



Fig. 18- — Souris i 3 . — Épithélioma cylindrique. — Grossissement : 5oo diam. 


par la méthode de Gram sont très rares, et il y a des lamelles où l’on 
ne peut en découvrir que deux ou trois. La recherche de ces éléments 
doit être faite avec un objectif apochromatique de i m. 5 de foyer et 
l’oculaire compensateur 4 ou 6. Nous avons vu que l’on retrouve les 
mêmes éléments dans le sédiment des tubes de bouillon où l’on a 
ensemencé des fragments de tumeurs et de ganglions cancéreux ou 
bien du suc cancéreux recueilli à la pipette, et qui n’ont pas cultivé. 
Les microcoques sont plus faciles à mettre en évidence dans le sédiment 



26 


LE MICROCOCGUS NEOFORMANS. 


des tubes de bouillon que sur les lamelles de sue cancéreux frais, parce 
qu’ils s’y sont déposés petit à petit et se trouvent réunis sous un petit 
volume. 

Cette constatation faite à maintes reprises de coccus, et de diplo- 
coques colorables soit par le violet simple, soit par la méthode de 
Gram, dans le suc cancéreux frais et dans le sédiment des tubes ense¬ 
mencés, nous fit espérer la découverte d’un procédé de coloration 
capable de mettre en évidence le micrococcus neoformans sur les 
coupes. Nous avons choisi de préférence des petits noyaux cancéreux 
secondaires de l’épiploon à marche rapide, et dont les nodules cancé¬ 
reux voisins avaient donné en 18 à 2 4 heures des cultures positives, 
très virulentes. 

Les coupes, de i/ 3 oo e de millimètre d’épaisseur, furent soumises à 
divers bains colorants : il était très difficile de chasser assez complète¬ 
ment, après l’action de l’iode, le violet phéniqué, pour ne plus avoir 
sur les coupes aucun élément coloré qui fût autre chose qu’un 
microbe. 

M. Herteloup, mon chef de laboratoire, après de nombreux essais 
infructueux, réussit à préparer un carmin absolument dépourvu de 
microbes, et dont l’action sur les tissus empêche le violet de se fixer, 
après l’action de l’iode, sur les granulations cellulaires. 

Les pièces en expérience avaient été fixées et durcies dans des 
liquides filtrés, et montées dans une solution de paraffine préparée spé¬ 
cialement pour empêcher la pénétration de microbes par endosmose 
dans les tissus. 

Nous sommes arrivés ainsi à mettre en évidence, dans toutes les 
tumeurs à marche rapide, le micrococcus neoformans. 

Les pièces les plus intéressantes à étudier sont, comme nous 
l’avons signalé plus haut, les très petits noyaux cancéreux épiploïques 
à développement rapide. La figure 6 montre un diplocoque très net 
dans une cellule, près du noyau et, à côté, un autre diplocoque mal 
coloré, en voie de destruction. Les figures 7, 8 et 9, qui représentent 
un autre point de la même coupe à divers grossissements, font constater 
la présence dans une trabécule conjonctive, entre deux lacunes grais¬ 
seuses, d’un diplocoque très net, et qui est représenté au grossisse¬ 
ment de 3 ooo diamètres sur la figure 7, avec ses deux sphérules de 
dimensions très inégales. Les clichés 8 et 9 ont été faits pour démon¬ 
trer la situation exacte de ce diplocoque, qui accompagne une cellule 
cancéreuse en tram de dissocier une trabécule conjonctive. 

Chacune de ces coupes contient quinze ou vingt diplocoques faciles 




LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 27 

à repérer lorsqu on a quelque habitude de cette recherche délicate, et, 
si I on n’en trouve pas davantage, c’est que la grande majorité des 
sphérules du micrococcus neoformans, comme nous l’avons démontré 
par lé tu de du suc cancéreux et du sédiment des tubes de culture 
infertiles, ne se colorent pas par la méthode de Gram. Mais nous ferons 
observer qu il existe des tissus tuberculeux dont personne ne conteste 


Fie. 19 . — Souris i3. — Épithélioma colloïde. — Grossissement : 5oo diam. 


la nature, et où les bacilles de Koch sont beaucoup plus rares que le 
micrococcus neoformans dans nos coupes de tumeurs mabgnes. 

Étude expérimentale du micrococcus neoformans. — 
i° Quelle est la valeur de la présence habituelle du microccocus 
neoformans dans les tumeurs P 

2 0 Quel rôle respectif jouent les cellules normales d’une part, et le 
microbe, d’autre part, dans la formation des tumeurs? 

On nous objectera que seules les inoculations positives aux ani- 



28 


LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


maux peuvent donner quelque vraisemblance à la découverte du mi¬ 
crobe du cancer. 

Nous répondrons que, malgré l’analogie apparente de certains can¬ 
cers des animaux avec le cancer de l’homme, il n’est pas démontré que 
cette maladie soit inoculable de l’homme aux animaux ou récipro¬ 
quement. J’ai observé en 1887 et 1888 que les fragments de tumeurs 
malignes de l’homme, introduits dans le péritoine des cobayes et des 
lapins, se résorbent sans les incommoder. J’ai introduit en 1902, dans le 
canal médullaire des deux fémurs d’un lapin, de gros fragments d’ostéo¬ 
sarcome malin, provenant de l’homme. Il se produisit un gonflement de 
la cuisse, mais la réparation se fit si bien que six mois après il n’existait 
plus d’autre trace du traumatisme que la petite cicatriee de trépanation. 

Exiger, pour caractériser le microbe du cancer, des inoculations 
positives aux animaux, nous paraît d’ailleurs une prétention exagérée. 

Est-ce qu’on a réussi à donner aux animaux, en leur inoculant le 
bacille typhique ou le bacille virgule de Koch, une attaque véritable de 
fièvre typhoïde ou de choléra asiatique, telles qu’on les observe chez 
l’homme? L’inoculation à la surface de la peau, chez l’homme, des 
cultures du staphylocoque doré, n’a jamais déterminé, à notre con¬ 
naissance, l’évolution d’un furoncle ou d’un anthrax tout à fait ty¬ 
piques. Or, nous nous trouvons hien loin, dans l’étude du cancer, des 
conditions relativement simples de l’expérimentation sur la valeur patho¬ 
gène des microbes du charbon bactéridien, de l’érysipèle, du furoncle, 
de l’ostéomyélite, du rouget du porc, du choléra des poules, etc., 
qui déterminent facilement chez les animaux appropriés des lésions 
caractéristiques et peuvent être expérimentées sur l’espèce animale où 
ils ont été recueillis. 

Le micrococcus neoformans a donc désormais droit de cité en 
bactériologie au même titre que le bacille d’Eberth et le bacille vir¬ 
gule de Koch, par ce fait qu’il existe avec constance et à l’état de 
pureté dans toute une série de tumeurs, sinon dans toutes les tumeurs, 
comme le bacille typhique et le bacille virgule du choléra asiatique 
existent dans ces maladies. 

Mes expériences sur les animaux sont jusqu’ici insuffisantes, car je 
n’ai jamais cultivé de véritables tumeurs malignes de provenance 
animale. J’ai cependant observé deux fois des microcoques analogues 
au micrococcus neoformans dans le sédiment de tubes demeurés sté¬ 
riles et où avaient été plongés des fragments de deux cas de tumeurs de 
la mamelle chez la chienne. C étaient des tumeurs anciennes, station¬ 
naires, calcifiées, sans adénopathie et convenant peu, comme nous le 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


29 


verrons plus loin, à la recherche du parasite. J’ai fait la même consta¬ 
tation dans le sédiment d’un tube ensemencé avec la bouillie d’une 
tumeur du chat, recueillie par Borrel dans une pipette stérilisée, et 
qui n’a pas donné de culture. Les tumeurs réellement intéressantes 
chez les animaux sont celles qui s’accroissent rapidement et qui s’ac- 



Fig. 20. — Souris i3. — Grosses cellules isolées au milieu du tissu conjonctif. 
Grossissement : 5oo diam. 


compagnent d’infection ganglionnaire à distance. Il est évident que 
mon plus grand désir est de cultiver de ces sortes de tumeurs, pour 
pouvoir tenter l’inoculation du microbe, à l’état de culture pure, sur 
la même espèce animale. 

La production expérimentale, chez une chienne, de deux lipomes 
encapsulés, à la suite de l’inoculation sous-cutanée de cultures prove¬ 
nant de deux cas de tumeur du sein chez la femme d’une part, la 
constatation, d’autre part, dans le suc non fertile de deux tumeurs de 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


la chienne et d'une tumeur du chat, dun microcoque analogue au 
micrococcus neoformans de l'homme, permettent de supposer que les 
tumeurs cancéreuses des animaux sont causées par le même microbe. 

Mais on a fait fausse route jusqu’ici en cherchant à inoculer aux 
animaux des fragments de cancers ou de sarcomes et particulièrement 
les parties centrales de ces tumeurs. En effet le microbe pathogène 
paraît se trouver, au centre des tumeurs, dans un état de dégénéres¬ 
cence qui ne permet d’obtenir que très exceptionnellement des cultures 
positives. Le microbe a été détruit par les cellules de la tumeur et il a 
perdu, sinon l’aspect qu’il possède dans le suc cancéreux frais, tout au 
moins la double faculté de se colorer au violet phéniqué et de se déve¬ 
lopper sur le milieu qui lui convient le mieux. 

Ensemencez, par exemple, sur un milieu approprié et dans dix 
tubes différents dix fragments d’une tumeur volumineuse du sein ; 
cultivez dans cinq autres tubes du suc cancéreux aspiré en pleine 
tumeur dans des pipettes stéribsées; cultivez enfin soit des fragments, 
soit le suc, aspiré à la pipette, des ganglions axillaires ; puis, dans cinq 
autres tubes, les gangbons sus-claviculaires du même côté et même, 
s’il en existe, les ganglions sus-claviculaires de l’autre côté : ce sont 
ces derniers, c’est-à-dire les plus éloignés de la tumeur primitive, qui 
donneront la plus forte proportion de cultures positives. 

Cultivez, au contraire, un squirrhe atrophique du sein sans adéno¬ 
pathie axillaire, comme il m’est arrivé récemment, et tous les tubes 
resteront stériles, mais le microbe pourra être reconnu, après colora¬ 
tion, sur les lamelles où l’on aura étendu et séché le sédiment de ces 
tubes. Ces insuccès de certaines tentatives de culture m’ont beaucoup 
préoccupé il y a six ou huit mois. Je me suis aperçu, en multipli an t 
les ensemencements, que j’avais eu tort au début de cultiver presque 
exclusivement la masse des tumeurs et les gros gangbons, tandis que 
c étaient au contraire les petits gangbons déjà engorgés, mais les plus 
éloignés de la tumeur, ceux d aspect rougeâtre et inflammatoire, qui 
donnaient les cultures les plus rapides et les plus nombreuses. 

Le micrococcus neoformans paraît pénétrer dans les tissus à l’état 
où il se trouve dans les cultures jeunes. C’est ainsi que je l’ai observé 
dans 1 écoulement séreux du mamelon. Que le micrococcus neoformans 
pénétré dans un canal glandulaire ou dans les tissus normaux, dans le 
tissu adipeux, par exemple, il provoque immédiatement autour de lui, 
à condition toutefois pour les glandes, tebes que le sein et le testicule, 
qu il y ait rétention du germe infectieux, une inflammation épithéliale 
intense. La mamelle du cobaye s’infiltre en huit jours de cellules 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


lymphâtiqiiës et épithélioïdes et le testicule devient dans la même 
période le siège d'une tuméfaction douloureuse. On observe, sur les 
coupes des tubes séminifères envahis, des quantités de microbes inclus 
dans les cellules épithéhales, sous forme de grains de grosseurs très 
variables et dont un grand nombre commencent à ne plus prendre le 



Fig. 21. — Souris i3. — Embolies microbiennes au milieu de groupements épithéliaux 
analogues aux végétations des kystes proliférants de l’ovaire. — Grossissement : 3oo diam. 


violet phéniqué, par suite de leur destruction dans ces phagocytes 
spéciaux. Je n’ai pas obtenu jusqu’ici chez le cobaye de tumeur à 
marche envahissante. 

Mais l’analogie extrême des cellules épithéliales du testicule de 
cobaye en expérience avec les cellules parasitées des gangbons éloignés, 
chez l’homme, où l’infection cancéreuse ne se traduit encore que par 
une tuméfaction inflammatoire intense, me permet de supposer que le 
processus observé dans le testicule de cobaye est bien le même que le 



32 


LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


processus du début de l’épithélioma glandulaire dans 1 espèce humaine. 

La figure io montre la phagocytose du micrococcus neoformans 
dan s les cellules épithéliales du testicule du cobaye, io jours après 
l’injection d'une culture pure. 

Les figures n et 12 montrent comparativement les lésions inflam¬ 
matoires produites dans la mamelle du cobaye femelle par 1 injec¬ 
tion de culture pure du micrococcus neoformans et le processus d en¬ 
vahissement cancéreux des trabécules graisseuses de 1 épiploon chez 
l'homme. On voit, dans la mamelle du cobaye, des amas de cel¬ 
lules épithéloïdes disséminées au milieu d’amas irréguliers de leuco¬ 
cytes . 

Dans l’épiploon de l’homme, l’envahissement des trabécules con¬ 
jonctives par les cellules cancéreuses est précédé par une accumulation 
de leucocytes. Nous possédons un grand nombre de coupes ana¬ 
logues et il nous a paru évident que le tissu graisseux et notam¬ 
ment l’épiploon, qui est sillonné de nombreux lymphatiques, est, de 
tous les tissus de l’économie, celui où l’on peut surprendre le plus 
clairement l’évolution et l’extension des néoplasmes malins. 

La figure i 3 est la coupe d’un nodule hépatique provenant du foie 
d’un cobaye femelle qui succomba spontanément deux mois après l’in¬ 
jection dans les mamelles d’une culture pure du micrococcus neofor¬ 
mans. C’est un adénome cylindrique où l’on ne retrouve pas trace de 
la structure du foie. 

Nous avons également perdu un lapin de sténose pylorique à la 
suite d’une injection de micrococcus neoformans, par la voie lom¬ 
baire, dans la région sous-hépatique, au niveau de l’extrémité supé¬ 
rieure du rein droit. Ce lapin est mort au bout de huit jours. 

Macrocospiquement le pylore présentait l’aspect du squirrhe 
classique ou mieux peut-être, de cette forme de néoplasme à laquelle 
on a donné le nom de linitis plastique, et qui n’est autre qu’un cancer 
du pylore avec lésions peu marquées de la muqueuse, compliquées 
d’œdème dur hypertrophique de la sous-muqueuse et de la muscu¬ 
leuse. 

Ce pylore sténosé était adhérent à un foyer inflammatoire en voie 
de régression et dû à l’injection de la culture du micrococcus neofor¬ 
mans ; mais ces résultats ne nous- semblaient pas assez caractéris¬ 
tiques lorsque mourut spontanément, 6 mois après l’inoculation, le 
3 o août 1902, la souris n° i 3 . Cette souris avait reçu le 27 février 
1902, sous la peau de la région dorsale, une culture pure de micrococ¬ 
cus neoformans, provenant d’un ganglion cancéreux du cou. 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


33 


Il existait une obstruction intestinale causée par une masse néo¬ 
plasique, développée au niveau de l’angle du côlon transverse. La 
pièce fut durcie et préparée avec le plus grand soin. Certains 
points de la préparation montrent de vastes alvéoles cancéreux dis¬ 
sociant les fibres musculaires lisses de l’intestin (fig. i 4 ). Nous avons 



Fie. 22. — Souris i3. — Capillaire rempli de microcoques, entre deux alvéoles 
cancéreux. — Grossissement : 5oo diam. 


représenté (fig. i5 et 16) deux tumeurs très analogues, provenant du 
pancréas et de l’épiploon de l’homme. En d’autres points (fig. 17 et 
r8) on observe des lésions analogues à l’épithélioma cylindrique chez 
l’homme. A quelque distance se trouve un point (fig. 19) qui ressemble 
surtout à un alvéole d’épithélioma colloïde du corps thyroïde. Plus 
loin (fig. 20) ce sont de grossses cellules disséminées dans le tissu 
conjonctif, comme on les observe chez l’homme dans la zone d’envahis¬ 
sement des tumeurs analogues. D’autres endroits (fig. 21) ressemblent 



34 


LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


aune coupe de kyste végétant de l’ovaire. Mais le fait le plus remar¬ 
quable est que l’on distingue (fig. 21) au centre de groupements épi¬ 
théliaux qui semblent avoir été déterminés par leur présence, des embo¬ 
lies microbiennes remplissant des capillaires dilatées. Ces embolies 
microbiennes se voient mieux, à un plus fort grossissement, sur les 
figures 22 et 23 . Or l’injection de la culture de micrococcus neoformans 
remontait à six mois. La persistance d’embolies microbiennes de cette 
importance aussi longtemps après l’inoculation, en plein milieu des 
néoformations épithéliales, la juxtaposition de divers types de néo¬ 
plasmes, analogues ici au cancer alvéolaire de l’estomac, là au cancer 
cylindrique de l’intestin, là encore à l’épithélioma colloïde du corps 
thyroïde, et plus loin au kyste végétant de l’ovaire, sont des particu¬ 
larités dont on ne peut nier l’importance. 

Parmi nos animaux en expérience nous avons observé sur une 
guenon, trois mois après l’injection dans la mamelle d’une culture 
pure de micrococcus neoformans, l’apparition d’une tumeur du volume 
d’une noisette. Cette tumeur fut ponctionnée; le liquide obtenu était 
lactescent et donna, ce qui ne pouvait beaucoup nous étonner, une 
culture pure du micrococcus neoformans. 

La petite tumeur se referma et grossit lentement : je l’ai extirpée 
en presque totalité au bout de six mois. Le liquide lactescent qui suin¬ 
tait à la pression des conduits galactopbores ouverts au fond de la plaie 
fut recueilli dans des pipettes stérilisées et ensemencé. Ce liquide 
donna naissance à une culture pure du micrococcus neoformans. Nous 
représentons fig. 24, 25 , 26 et 27, à divers grossissements, des coupes 
de cette tumeur expérimentale. On jugera que les lésions présentent 
une identité absolue avec celles que l’on observe dans l’adénome 
kystique spontané du sein chez la femme. 

Notre dernière pièce expérimentale provient de la souris 3 , qui 
mourut spontanément dix mois et demi après l’injection, sous la peau 
de la région dorsale, de un demi-centimètre cube d’une culture pure 
de micrococcus neoformans, provenant d’un sarcome de l’amygdale. 

Cette souris a succombé à une obstruction intestinale produite par 
une masse adénomateuse de volume considérable et qui obstruait le 
gros intestin. Nous avons reproduit (fig. 28 et 29) les photographies de 
cette masse adénomateuse, dont certains points présentent une grande 
analogie avec les tumeurs analogues observées chez l’homme et même 
avec certains cancers de l'intestin, comme en témoigne la figure 3o, qui 
représente un cancer du rectum chez l’homme. Plusieurs autres frag¬ 
ments, A'oisins ou éloignés de cet adénome, ont été prélevés sur l’intestin 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 35 

de cette souris et examinés, en prenant soin de bien les orienter. En 
aucun autre endroit il n a été possible de découvrir des images ana¬ 
logues. D’autres expériences sont en cours. Il est à désirer notamment 
qu’il me soit possible de faire des cultures de la variété de tumeur de 
la souris, bien étudiée par Borrel, et qui est susceptible de se greffer 
d’une souris blanche à l’autre. 

Ces recherches sont longues et délicates. J’ai considéré les résultats 



Fig. a3. — Souris i3. — Embolies microbiennes. — Grossissement : 1000 diam. 


obtenus jusqu’ici dans mon laboratoire privé comme assez intéressants 
pour mériter d’être signalés. 

Étiologie et pathogénie du cancer en général. — L’étude 
expérimentale que nous venons de faire du micrococcus neoformans 
nous permet dès aujourd’hui d’établir une théorie rationnelle du déve¬ 
loppement du cancer et en général de tous les néoplasmes. Si nous envi¬ 
sageons plus particulièrement le cancer, nous devons reconnaître qu’on 



36 


LE MICROCOCCUS NEOFORMAINS. 


donne cliniquement le nom de cancer à des tumeurs d aspect variable, 
mais dont le caractère essentiel est l’envahissement progressif des 
tissus et des ganglions lymphatiques. Comme l’infection à distance 
dépasse habituellement les limites appréciables à 1 œil nu, 1 ablation des 
tumeurs cancéreuses est presque toujours suivie de récidive. La réci¬ 
divé peut être locale, si l’opération a laissé des points infectés ; elle se 
fait à distance (récidive ganglionnaire ou métastase viscérale), si l’infec¬ 
tion s’est étendue au loin, avant l’ablation du foyer primitif. 

En efEet, le cancer débute, presque sans exception, par un foyer 
local. Dans des cas très rares, il peut se produire, presque simultané¬ 
ment, deux cancers : cancer de la face et cancer du sein, cancer du 
sein et cancer de la vessie. Les cas de généralisation, dite d’emblée, 
sont presque toujours des cas de généralisation d’un petit foyer primi¬ 
tif, qui peut passer inaperçu. En somme, l’évolution du cancer, aussi 
bien pour le développement des foyers locaux, que des foyers à distance, 
présente une analogie remarquable avec l'évolution de la tuberculose. 

Nature du cancer. — Le cancer est, d’après les expériences rela¬ 
tées ci-dessus, une maladie infectieuse ; la reproduction expérimen¬ 
tale de tumeurs par l’injection de certains parasites, particulièrement 
du micrococcus neoformans, ne laisse aucun doute à ce sujet. L’ana¬ 
logie de certains cancers avec les lésions produites par la coccidie ovi- 
forme du lapin a fait penser que certaines tumeurs pouvaient avoir 
une origine analogue. Bien qu’il n’y ait pas encore de certitude sur 
l’unité ou la multiplicité de l’agent infectieux, il est indiscutable que la 
genèse des tumeurs est l’expression d’un acte de défense de l’organisme 
contre l’invasion du germe pathogène. Les cellules du tissu conjonctif, 
du tissu osseux, ou les épithéliums, suivant que le germe a envahi le 
tissu conjonctif ou bien un organe épithélial, peau, muqueuses, ou 
tissu glandulaire, prolifèrent et exercent leur action destructive sur les 
organismes infectieux. Ici, ce ne sont plus les phagocytes ordinaires 
de l’inflammation qui entrent en action : les germes du cancer exci¬ 
tent spécialement les cellules des tissus normaux de l’économie. Ce 
sont ces cellules, qu’elles proviennent du feuillet interne ou du feuillet 
externe du blastoderme, qui entrent en multiplication, et qui exercent 
vis-à-vis des germes du cancer le rôle de phagocytes. 

On voit sur les pièces expérimentales, dans le testicule du cobaye 
par exemple, les épithéliums des tubes séminifères bourrés de mi¬ 
crobes, dont la plupart sont déformés et perdent la faculté de se colorer 
aux couleurs d’aniline. 

Le processus néoplasique est donc un 


processus inflammatoire 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 3 7 

spécial, mais il peut s’accompagner, et le cas est fréquent, d ! un pro¬ 
cessus inflammatoire ordinaire, avec multiplication des leucocytes. 
L union de ces deux processus est très évidente sur beaucoup de pièces 
pathologiques, et sur certaines pièces expérimentales. Il paraît même 
démontré que 1 union d'un processus inflammatoire banal et du pro- 



Fig. 24- — Adénome kystique expérimental de la mamelle. 
Grossissement : 4o diam. 


cessus néoplasique active considérablement l’évolution de ce dernier. 

Cette théorie n’a qu’un inconvénient : c’est de détruire en quelques 
lignes tout ce qui a été écrit sur les tumeurs ; mais elle est basée 
actuellement sur un assez grand nombre d’observations pour mériter 
d’être développée comme elle le comporte. Que le germe irritant se 
trouve dans le tissu adipeux, il produira le lipome ; il y a des lipomes 
à marche rapide, et j’ai obtenu des cultures positives de mon « micro- 
coccus neoformans », en ensemençant un lipome du cordon testiculaire 



38 LE MICROCOCCUS NEOFOR MAN S. 

qui s’était développé tellement vite, qu’on l’avait pris pour une hydro¬ 
cèle. A la mâchoire, on observera l’ostéo-sarcome : l’infection se fait 
autour du collet des dents: dans le pharynx nasal, on observera des 
tumeurs à éléments fasciculés, qui sont intermédiaires à l’épithélioma et 
au sarcome. Un goitre, chez une jeune femme, vient de nous donner 
des cultures identiques. Je les ai obtenues aussi d’un lymphadénome 
pleuro-pulmonaire de plus de deux kilogrammes, d’un sarcome des 
muscles de l’avant-bras, chez un enfant, ayant envahi les ganglions de 
l’aisselle et le muscle grand pectoral. Parmi les tumeurs sarcomateuses, 
ou ostéo-sarcomateuses, qui n’ont pas donné de cultures, je puis en 
citer plusieurs, notamment une tumeur primitive des muscles de la 
cuisse chezune jeune femme : aucune des tumeurs stériles n’a récidivé. 
Au contraire, les tumeurs dont la plupart des fragments ensemencés 
m’ont donné des cultures positives, se sont développées rapidement, 
lorsqu’elles n’ont pas été opérées, ou bien ont récidivé après l’opération. 

La transformation des tumeurs bénignes en tumeurs malignes 
s’explique sans difficulté : dans cette lutte entre les cellules normales 
de l’économie, qui se multiplient pour les englober, et les germes 
pathogènes, la victoire peut rester à ces derniers. Un bpome, long¬ 
temps bénin et stationnaire, peut, sous l’influence d’une poussée infec¬ 
tieuse nouvelle, provoquée, par exemple, par un traumatisme, devenir 
une tumeur maligne ; un myxome à développement rapide pourra se 
transformer en sarcome. Fait remarquable, les tumeurs, même 
mabgnes, développées aux dépens des cellules qui proviennent du 
feuillet moyen du blastoderme, ne déterminent pas aussi rapidement 
et aussi communément que les tumeurs épithéliales l’infection des 
ganglions lymphatiques. Cette particularité paraît due à la vitalité 
plus grande des cellules de cette provenance, qui sont, d’ailleurs, beau¬ 
coup mieux irriguées par le torrent circulatoire que les épithéliums, 
ces derniers se trouvant isolés, dans les tissus normaux, par le base¬ 
ment membrane, qui les sépare du derme ou du chorion muqueux. 

La théorie infectieuse du cancer explique également la coïncidence 
du cancer et du sarcome, du cancer épithélial et des tumeurs provenant 
du feuillet moyen du blastoderme. L’épithélioma de la muqueuse utérine 
est fréquent à la surface des fibromes saillants dans la cavité dé cet 
organe : il n’est pas extraordinaire que le même agent infectieux puisse 
occasionner le développement du fibro-myome et celui de l’épithélioma. 

Il en est de même de certaines tumeurs mixtes, par exemple de ces 
sarcomes du sein qui peuvent devenir énormes, sans infection gan- 
ghonnaire, et où, histologiquement, on observe, au milieu d’une 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


3g 

gangue de cellules fusiformes, de nombreux tubes glandulaires néofor¬ 
més et proliférants. Il est aujourd'hui sans intérêt de discuter pour 
savoir si ces tumeurs sont des sarcomes purs ou des tumeurs mixtes, 
qu’on pourrait nommer des sarcomes épithéliomateux : l’agent infec¬ 
tieux peut occasionner, dans ces cas, une réaction spéciale [qui dépend 
peut-etre de la reaction personnelle de l'individu vis-à-vis d’un même 



germe pathogène, et qui est susceptible de produire une multiplica¬ 
tion conjonctive prédominante. 

Ce que nous avons dit de la généralisation plus lente des tumeurs 
développées aux dépens des cellules du tissu moyen du blastoderme, 
s’applique à ces gros sarcomes du sein, dont la bénignité est remar¬ 
quable, par rapport à la malignité des tumeurs exclusivement épithé¬ 
liales de la glande mammaire. 

Nous arrivons aux tumeurs épithéliales : qu’il s’agisse d’un papillome 
ou d’un cancroïde de la peau, d’un épithélioma de la lèvre ou de la mu- 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


4 o 

queuse buccale, d’un cancer glandulaire ou intestinal, l’évolution est 
identique. Nous avons déjà signalé la présence du « micrococcus neo- 
formans » dans l’écoulement du mamelon d une femme qui n'a pas de 
tumeur du sein et qui est en observation : qu’un canal galactophore 
parasité vienne à s’oblitérer, ou qu’une contusion du sein vienne à pro¬ 
voquer une rupture des acini infectés, le cancer se développera. L’adé¬ 
nome, e’est-à-dire la tumeur bénigne du sein, correspond à la période 
où les acini glandulaires ne se sont pas encore rompus sous la pression 
déterminée par la multiplication des épithéliums : cette rupture du 
basement membrane des acini se fait à une période très différente, dans 
l’évolution des diverses tumeurs. 

Le cancer est constitué dès qu’il y a commencement de générali¬ 
sation, et le public a toujours eu une tendance très logique à dénommer 
du mot de cancer tout néoplasme, quelle que soit sa variété histolo¬ 
gique, dont l’accroissement progressif entraîne fatalement la mort à 
plus ou moins longue échéance. 

Les histologistes ont voulu, faute de mieux, diviser les tumeurs 
en une longue série de variétés, d’après les tissus. Si l’on arrive au 
type épithélial, on s’aperçoit bientôt qu’il faut encore subdiviser les 
épithéliomas suivant chaque espèce d’épithélium infecté, et l’on est 
obligé de décrire, non seulement l’épithélioma dans ses différentes 
formes, l’adénome simple et le carcinome, mais bien l’épithéhoma de 
la peau, l’épithélioma de telle ou telle muqueuse, le cancer glandulaire 
du sein, du foie, du rein, de la prostate. Malgré toutes ces complica¬ 
tions, au milieu desquelles les savants les plus compétents se trouvent 
en désaccord, on rencontre encore des tumeurs, telles que les gliomes 
du cerveau, les endothéliomes dits primitifs de la pie-mère, certaines 
tumeurs de la parotide, du pharynx, etc., pour lesquelles on est obligé 
de créer des chapitres spéciaux. Il existe donc, à côté de l’inflammation 
banale qui est l’inflammation destructive — qu’il s’agisse de microbes 
pyogènes, de tuberculose ou d’actinomycose, — une inflammation néo¬ 
formatrice, qui est le processus de la formation des tumeurs. Il résulte 
de cette nouvelle théorie que l’extirpation complète du foyer néopla¬ 
sique primitif, si ce foyer, comme il arrive neuf fois sur dix, est unique, 
peut être suivie d’une guérison durable. 

La clinique ne nous démontre-t-elle pas que l’ablation des épithé- 
liomas des régions accessibles, des petits cancers glandulaires faciles à 
extirper largement, est très fréquemment suivie d’une guérison com¬ 
plète, bien que l’examen histologique démontre qu’il s’agit d’une 
tumeur de type malin P Je puis citer notamment un cancer du sein 




Fig. 26. — Adénome kystique expérimental de la mamelle. 

Grossissement : i5o diam. 

mais celui-ci est le plus caractéristique, au point de vue de la longue 
durée de la survie. Je dois ajouter que j’ai opéré depuis la même per¬ 
sonne d’un volumineux lipome du dos, qui s’est comporté comme une 
tumeur absolument bénigne, bien que sa croissance ait été très rapide. 

Il est donc nécessaire que le public apprenne à ne pas confondre le 
mot tumeur et le mot cancer ; le mot tumeur signifie une saillie anor¬ 
male d’une des régions quelconques du corps. Ou’il s’agisse d’un abcès, 
d’un kyste synovial ou glandulaire par rétention, d’une loupe du cuir 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


chevelu, ou d’un carcinome de l’intcslin, il y a dans chacun de ces cas 
« tumeur ». Le mot néoplasme est déjà plus précis, puisqu il élimine 
tout ce qui a trait à l’inflammation banale ; quant au mot cancer, il doit 
être réservé aux néoplasmes malins, dont 1 évolution est assez mena¬ 
çante pour permettre de supposer que la généralisation est imminente. 

Traitement. — Il découle de ce qui précède, que nous pouvons 
espérer un traitement général des néoplasmes. Il est évident que toute 
médication qui active la résistance vitale peut agir, dans le cas de 
néoplasme malin, pour relever l’état général, de même qu il est de 
notion vulgaire que les grandes dépressions physiques et morales sont 
éminemment favorables à l’évolution rapide du cancer. Une mère perd 
un fils unique : elle tombe dans une période de dépression morale 
intense et se trouve atteinte de cancer utérin dix à douze mois après ; 
qui sait si le germe infectieux n’aurait pas été éliminé par le revête¬ 
ment épithélial de la muqueuse, si l’état général avait été meilleur, ou 
bien si l’on avait pu employer à temps une médication appropriée, la 
médication cacodylique par exemple? Jusqu’à la découverte confirmée 
d’un sérum anticancéreux, le seul traitement curatif du cancer restera 
l’ablation large delà tumeur primitive, avant la période de généralisa¬ 
tion. Nous avons vu qu’on pouvait obtenir des guérisons durables dans 
des cas même où l’on avait dû enlever des ganglions infectés ; mais il 
est évident que, dès que la généralisation a commencé, il est impos¬ 
sible au chirurgien le plus expérimenté en matière de cancer, d’être 
certain que l’infection générale n’a pas dépassé les limites possibles de 
l’opération, Il faut donc que les médecins et le public se fassent à 
cette idée, que le diagnostic précis ne sera jamais fait trop tôt, et que, 
par exemple, dans les cas de probabilité d’un cancer de l’estomac, une 
laparotomie faite à temps et suivie, s’il n’y a encore qu’un spasme per¬ 
manent du pylore ou bien un ulcère rond, de gastro-entérostomie, 
pourra dans bien des cas sauver le malade et prévenir l’évolution 
ultérieure d’un cancer. 

L’opération, d’ailleurs, donne souvent des résultats étonnants, 
même dans le cas de cancer, et il existe dans la science un certain 
nombre de guérisons, par l’opération, de cancers du pylore et de l’in¬ 
testin, et maintenues durant quatre ou cinq années. J’ai pour mon 
compte un opéré de gastro-entérostomie pour cancer, qui vit encore 
actuellement, et qui a été opéré il y a dix ans: le diagnostic n’est pas 
douteux, et ce malade, qui a conservé un très bon aspect, présente un 
cancer squirrheux en plaque de la cicatrice et de la paroi abdominale. 
Mais il est indiscutable que, s’il faut opérer le plus tôt possible, Tévo- 



LE MICROCOCCUS NEOFOR MAN S. 


43 



lution de certains cancers à forme squirrheuse et de certaines récidives 
lentes peut être aujourd’hui enrayée, dans une proportion remarquable, 
par f injection de substances inoffensives et dont l’action thérapeutique 
se confirme de jour en jour. 

Les seules injections qui méritent de nous arrêter sont : 


Adénome kystique expérimental de la 
Grossissement : 5oo diam. 


■mi les substances chimiques: les injections de chlorhydrate de 
te et de cacodylate de soude ; 2° Parmi les produits émanant 


d’un microbe, les injections d’un liquide obtenu par l’atténuation 


des cultures du micrococcus neoformans. 


i° Chlorhydrate de quinine et cacodylate de soude. — Le chlorhydrate 


de quinine s’injecte en solutions stérilisées, à la dose de io à 5o centi¬ 
grammes par jour, et le cacodylate de soude à la dose de 5 à 20 centi¬ 
grammes. Ces injections n’ont pas donné, pour le traitement des 



44 


LE MTCROCOCCUS NEOFORMANS. 


tumeurs malignes en voie d’évolution rapide, les résultats qu’on en 
avait d’abord espérés, mais elles paraissent favorables pour remonter 
l’état général après les opérations de cancer et pour retarder, sinon 
pour empêcher la récidive. 

2 ■ Action des toxines du micrococcus neoformans. — Séro- 



Fig. 28. — Souris 3. — Adénome de l’intestin. — Grossissement : 45 diam. 

thérapie anticancéreuse préventive et curative. — Nous avons 
remarqué, dès que nous avons été à même de cultiver en grande 
quantité le micrococcus neoformans, que les toxines produites par le 
développement de ce microbe dans le bouillon glycérine, déterminent 
chez les cancéreux, particulièrement au niveau des ganglions néopla¬ 
siques, une réaction assez comparable à celle que donne la tuberculine 
sur les tissus tuberculeux. Les injections doivent donc être faites avec 
la plus grande prudence dans les cas de cancer à évolution rapide, et 
compliquées d'une infection ganglionnaire étendue. 



LE MICROCOCCUS' NEOFORMAjNS. 


45 


Mes injections ont donné au contraire d'excellents résultats, soit 
dans des cas de- cancer inopérables à marche lente, soit après T opéra¬ 
tion, pour retarder ou prévenir la récidive. 

Parmi les cas où la sérothérapie anti-néoplasique a donné de 
bons résultats, nous citerons d abord un cancer du sein en cuirasse, 
absolument inopérable. Les plaques indurées se sont rétrécies, la 



Fig. 29. — Souris 0. — Adénome de l’intestin. — Grossissement : 125 diam. 


masse du grand pectoral, qui était envahie, s’est assouplie, et l’amé¬ 
lioration a été constatée par tous ceux qui avaient observé, à l’ar¬ 
rivée de la malade, l’œdème de tout le membre supérieur, aujour¬ 
d’hui complètement disparu. La plaque cancéreuse, qui se trouvait 
ulcérée au niveau du mamelon et présentait sur toute son étendue une 
teinte d’un rouge violacé, est aujourd’hui d’une couleur gris jaunâtre 
très pâle, et l’on y observe plusieurs petits points de peau saine qui ont 
l’aspect de greffes dermo-épidermiques en voie d’accroissement. L’ulcé- 




46 LE MICROCOCCUS NEOFORMAMS. 

ration du mamelon s’est cicatrisée sans aucun pansement spécial ; les 
nodules cutanés très nombreux qui entouraient la plaque cancéreuse 
ont diminué de volume et détendue. 

Nous avons obtenu par le même traitement la régression d un 
épithélioma récidivé et inopérable du sac lacrymal et de la partie 


Fig. 3o. — Cancer du rectum chez l’homme. —- Grossissement : 35 diam. 

médiane du frontal, ainsi que l’amélioration de plusieurs cas de cancers 
inopérables de l’utérus, de la langue et du plancher de la bouche. 

Parmi les malades en observation, nous mentionnerons un opéré 
de gastro-entérostomie pour cancer, opéré il y a dix ans, et qui était 
revenu à la clinique avec une induration cancéreuse énorme de la paroi 
abdominale, compliquée d’une fistule gastrique. Les tissus indurés se 
sont assouplis et la fistule s’est cicatrisée après quelques semaines de 
traitement, pendant que s’améliorait l’état général. 

Nous insisterons sur la sérothérapie préventive, telle que nous la 



LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 


pratiquons aussitôt après les opérations de cancer, pour éviter ou pour 
retarder l’évolution de la récidive. Nous avons en observation plusieurs 
cas de cancers déjà récidivés, et jugés inopérables par d’autres col¬ 
lègues. J’ai opéré ces malades et je les ai soumis ensuite aux injections 
préventives de mon sérum anti-néoplasique. Il n’y a pas eu de nou¬ 
velle récidive. Ces cas se multiplient, mais les observations sont 
longues à recueillir et il faut trop souvent se débattre avec la mauvaise 
volonté et l’insouciance des malades ou de leur entourage. 

Les résultats que nous signalons sont encore bien peu de chose 
peut-être pour les esprits trop pressés, qui voudraient voir le cancer 
disparaître aussi facilement qu’une fausse membrane diphtéritique 
après l’injection du sérum de Roux et Behring; il faut cependant 
reconnaître que la science a fait, du côté du cancer, un pas énorme, et 
que révolution du cancer, s’il est encore impossible de l’entraver avec 
certitude, peut être au moins retardée dans presque tous les cas, dans 
ceux naturellement où les malades sont traités à temps. 11 est vraisem¬ 
blable qu’à la période de généralisation, on ne pourra jamais espérer 
une guérison complète. En effet, la guérison du cancer à cette période 
exigerait, pour être radicale, la reconstitution de viscères essentiels à 
la vie, tels que le foie et les autres organes qui ont été progressivement 
envahis et détruits par le processus cancéreux. 

EXPÉRIENCES DANS LES HOPITAUX DE MADRID 


Pendant le Congrès de Madrid le 2.3, le 24 et le 26 avril, grâce à 
l’extrême obligeance des docteurs Guttierrez, Berruéco et Manuel Cas- 
tillo, j’ai pu ensemencer, moins d’une heure après l’opération, et avec 
toutes les précautions de rigueur, quatre cas différents de néoplasmes : 


i° Cancer du sein. . 
2 0 Adénome du sein. 
3° Cancer du sein. . 




2 


. Fragm 


3 

I 

5 


Pipette, fertiles. 


3 


o 

1 

2 


4° Cancer de la Gl. lacr. . 

Total. . . . 


716 
23 5 i4 


4 4 


(le 4 e jour). 
Ganglions fragm. 
(le 3 e et le 5 e jour). 

Pleine tumeur. 

3 ganglions axill. 
(culture pure). 
1 pleine tum. 
(infection). 


Le seul tube infecté provenait de la tumeur lacrymale, qui était 
en contact direct avec le globe de l’œil suppuré. Les gros ganglions de 




48 


LE MICROCOCCUS NEOFORMANS. 

ce quatrième cas (épithélioma de la glande lacrymale) n ont pas donné 
de culture, comme il arrive d’habitude pour les gros ganglions cancé¬ 
reux, qui sont infertiles. 

Le premier cas de cancer du sein n a pas donne de culture, c était 
un cancer à évolution torpide. 

Le deuxième cas, dont le ganglion, encemencé seul, a donné une 
culture pure le quatrième jour, était un adénome kystique du sein à 
marche rapide. Le troisième cas : cancer du sein a évolution rapide avec 
adénopathie axillaire multiple, a donné deux cultures pures, le troi¬ 
sième et le cinquième jour. Le sédiment des tubes non fertiles a laisse 
voir dans les quatre cas, sur les lamelles, des diplocoques très nets, 
colorables par la méthode de Gram. 

EXPÉRIENCES DE CONTROLE 

Nous venons d’instituer depuis le i or mai, M. Herteloup et moi, une 
nouvelle série d’expériences de contrôle : Nous avons ensemencé sur le 
milieu qui convient au micrococcus néoformans de nombreux fragments 
de tissus frais prélevés au moment de l’incision, dans des opérations 
variées, particulièrement des fragments de tissu adipeux sous-cutané, 
de tissu musculaire et des ganglions lymphatiques profonds, dont un 
ganglion prévertébral. Les quelques tubes qui ont donné des cultures 
positives contenaient des microbes de la peau, entraînés par la lame du 
bistouri. C’étaient en général des staphylocoques, et dans un cas, un 
microbe assez analogue au micrococcus néoformans par sa culture très 
filante sur agar-agar. Mais ce microbe, qui présente des analogies avec 
le coccus polymorphe de la peau, se différencie du micrococcus néofor¬ 
mans par ces deux caractères. 

i° 11 ne liquéfie pas la gélatine; 

2° Il donne sur pomme de terre une culture blanche très visible. 

Le micrococcus néoformans ne paraît donc pas se rencontrer 
communément en dehors des tissus néoplasques. Nous ne voudrions 
pas conclure cependant qu’il soit impossible de le rencontrer chez des 
personnes non cancéreuses, comme il arrive de rencontrer le bacille 
tuberculeux dans les crachats de personnes non tuberculeuses. Sa 
découverte exceptionnelle, en dehors des cas de néoplasme, prouverait 
seulement, ce qui est vraisemblable, que le micrococcus néoformans 
est très répandu dans la nature.